Imou allait avoir treize ans ! En faisant l’inventaire de ces années passées Agnès en retirait de la fierté. Elle n’avait jamais failli dans son rôle de ‘’père-mère’’, Imou était intelligent (il avait des ‘’aptitudes littéraires’’ avait dit le professeur), il était poli et travailleur. Moins solitaire en grandissant, il avait su choisir ses amis. Malgré ses devoirs, il venait parfois l’aider au champ ou s’occupait de la cabane d’Ingemund qui était restée telle qu’à son départ, toujours propre et fleurie. Les femmes du village y passaient parfois, comme en pèlerinage… Elles laissaient au passage une galette de manioc ou un fruit à Imou, qu’elles chérissaient.
Agnès, elle, n’y allait plus, elle avait choisi de laisser de côté les souvenirs. Ce départ précipité, cette fuite sans explications du seul homme qu’elle ait aimé lui avait laissé un goût amer. Elle avait porté la honte de mettre au monde un enfant sans père mais lorsqu’elle avait tenu contre elle ce petit être, un amour immense avait fleuri dans son cœur et elle avait fini par être reconnaissante de ce cadeau inestimable.
Elle avait fait le choix arbitraire de ne rien cacher à son fils et Imou avait su tout ce qu’il y avait à savoir le concernant dès qu’il avait été en âge de comprendre.
Peut-être qu’une présence masculine à la maison serait bénéfique à l’éducation de l’enfant ? Un homme du coin, qui l’aiderait au champs... Elle se savait encore belle à quarante ans, certes, ses mains étaient un peu abimées par le travail de la terre mais elle avait le corps harmonieux et musclé, la poitrine ferme. Son visage était avenant malgré une certaine tristesse dans le regard et lorsqu’elle défaisait sa tresse pour se coiffer une cascade de cheveux châtains se répandait sur son dos… Oui, elle pouvait encore plaire, mais le voulait-elle ?
Ainsi Agnès songeait à sa vie, assise sous les bambous verts qui semblaient gémir sous la brise, en bas la mer couverte de moutons paraissait en lutte contre un adversaire invisible. Agnès réprima un pincement au cœur, elle repensait tout à coup à cette lettre arrivée des années plus tôt… Elle n’en avait jamais parlé à Imou, elle n’avait pas eu le courage de la brûler et l’avait cachée sous une planche de la cabane là où personne ne la trouverait jamais ! Quant au hibou…
‘’Toi sûre vouloir vendre hibou porte-bonheur ? Moi pas beaucoup d’argent donner toi pour si joli bijou’’ avait dit Chang-Po-Lun. Agnès, dont le cœur n’obéissait pas à une logique binaire, s’en était retournée, le hibou contre la poitrine… Porte-bonheur avait dit le chinois, si seulement…
Les trilles des oiseaux béliers avait éclaté en un joyeux concert au-dessus d’elle, la sortant de sa rêverie nostalgique. De ses maigres économies, elle avait acheté un livre pour l’anniversaire de son fils, l’histoire de Surcouf le fameux corsaire et elle lui ferait son dessert préféré : un gâteau de manioc. Elle était réticente à l’idée d’aller le déguster à la cabane, mais Imou avait tellement insisté qu’elle avait cédé ! Elle inviterait les femmes du village, cela ferait plaisir au garçon et ainsi elle n’aurait pas le temps de se laisser envahir par les souvenirs.
Elle sortit de son corsage le bijou qu’elle portait constamment et contempla l’étrange oiseau dont les yeux jaunes semblaient sonder son âme… Il serait fier de son fils pensa-t-elle et , émue tout à coup, elle se leva et dévala le sentier pour aller arracher les maniocs.
Tellement de plaisir à écrire cette petite histoire que j'ai l'impression qu'elle est vraie !
Il faut que j'arrive à trouver une suite et fin qui tiennent la route maintenant !
Notre visite achevée, nous sortons du Jardin de l'Etat
pour descendre la rue de Paris,
qui s'est appelée Grande rue en 1725
puis Rue Royale en 1777 pour devenir en 1810 rue Impériale
et prends enfin son nom de rue de Paris le 21 juillet 1848.
On rencontre encore de jolies demeures créoles dans la ville
mais c'est surtout ici que vivait l'élite coloniale au XIXème siècle.
La première qui attire mon regard est celle-ci, la maison Ravate.
Construite à Saint-Paul, entièrement chevillée, elle est démontée et reconstruite
à Saint-Denis en 1870.
J'aime sa véranda fermée qu'on devine derrière le haut mur d'enceinte
et aussi son magnifique portail...
La voici ouverte et de blanc vêtue sur cette photo empruntée à RandoPiton.re
La maison Barbot
construite en 1831,son jardin est redessiné vers 1926
et sa dernière restauration date des années 60
Il y a quelques décennies :
la longue allée composée de carreaux de terre cuite
est bordée de parterres fleuris et de bassins ronds où chante une eau claire.
Des bustes en marbre et des vases d'ornement en fonte,
vases Médicis à anses, agrémentent un jardin luxuriant...
Mais aujourd'hui...
La maison et les ornements, classés au Monuments Historiques, attendent leur rafraichissement.
Mais la voici plus loin dans le temps...
La maison de la Région
longtemps connue sous le nom de ''maison du Général''
car elle a longtemps servi de logement de fonction
au général commandant des forces armées basées à la Réunion.
Construite dans les années 1840, elle est modifiée en 1926,
fronton, balcon et portail en fer forgé sont rajoutés.
Elle est à nouveau modifiée entre 2004 et 2006
Rachetée par la Région en 1999, elle a été restaurée pour devenir un espace institutionnel et culturel.
(Ce jour-là, il devait y avoir un concert de musique classique sous la véranda)
Plus loin dans le temps...
La Maison Carrère
Dans les années 1820 la maison est une demeure en bois avec un simple rez-de-chaussée....
Elle connait de nombreux propriétaire avant d'être rachetée en 1905
par un riche négociant en sucre, Raphaël Carrère.
Celui-ci effectue d'important travaux et rajoute un étage
afin d'y abriter sa nombreuse famille.
Il fait également installer un magnifique portail.
Au cours des années 90 elle est laissée à l'abandon...
En 1998 elle est inscrite en totalité à l'inventaire supplémentaire
des Monuments Historiques.
En 2001 un grand chantier de restauration est lancé
En 2009 elle devient l'office de tourisme de Saint-Denis.
Cette photo, plus jolie que la mienne, je l'ai empruntée au ''Quotidien de la Réunion''
J'ai encore quelques maisons à vous montrer mais je m'arrête là pour aujourd'hui, histoire de ne pas vous faire attendre des lustres ! J'espère que vous avez aimé ces maisons. Elles font toutes partie d'un patrimoine aujourd'hui protégé, et toutes seront restaurées.
J'espère que vous êtes loin de tous ces incendies,
nous voyons des images terribles aux info, quel malheur !
Une pensée émue pour ceux qui ont tout perdu
et pour les vaillants pompiers, ces héros !
Un grand bravo à tous les bénévoles qui se mobilisent pour aider.
mais comme certaines d'entre vous auraient voulu savoir ce qui arrivait ensuite
(J'avoue que je me suis sentie flattée, merci !)
je suis retournée au village mener mon enquête ;)
Je n'ai pas vraiment trouvé d'explication,
ça viendra peut-être, en attendant je vous propose une suite
avec les mots suivants :
Courroux de Lilou - Vaudou de SgrA* - Roudoudou de Jill Bill - Jaloux d'Ecrisdelle - Hibou(x) de Béa KimCat - Bambou de Marie-Sylvie - Voyou d'Annick - Gourou de Laureen - Chou(x) de Lydia et bijou de moi-même. Le texte doit faire 600 mots, le mien en compte 588.
Beaucoup de temps était passé, le petit Imou avait grandi, il allait à l’école où il faisait preuve d’une remarquable intelligence. Agnès était très fière de cet enfant solitaire qui ne trainait jamais avec les petits ’’voyous’’ du village. Elle avait changé elle aussi, ne s’occupant plus que de son petit garçon et de son champ où elle faisait pousser patates, maniocs et divers légumes dont elle faisait commerce avec les gens du village.
Lorsqu’un beau jour la camionnette du facteur avait traversé l’unique chemin pour s’arrêter devant chez elle, d’un seul cœur, le village entier avait repensé à Ingemund. Agnès, qui était au champ à repiquer des choux, s’était levée d’un bond au bruit du klaxon. Son cœur s’était mis à battre la chamade. Elle avait remercié le facteur tout en évitant les paires d’yeux jaloux braquées sur elle de derrière les haies fleuries.
La lettre dans son corsage, elle avait rapidement contourné sa case pour aller jusqu’au bac en fer blanc adossé à la petite cuisine au feu de bois, il gardait une eau fraiche au gout ferrugineux qui servait aussi bien à se désaltérer qu’à cuisiner ou se laver car il n’y avait pas d’eau courante. Elle en avait avalé une grande moque* pour se ressaisir.
Déjà les femmes l’appelaient, venant aux nouvelles. Faisant fi de leur éventuel courroux, elle n’avait pas répondu. Ce moment était le sien.Sans même y penser, elle avait pris la direction de la forêt. Lorsqu’elle avait besoin de se retrouver seule avec elle-même elle aimait monter jusqu’à une épaisse touffe de bambous qui dominait le paysage. Assise là sur une grosse pierre, elle pouvait voir la mer immense, scintillant sous le soleil, le spectacle était toujours merveilleusement apaisant…
Elle avait sorti la lettre de son corsage et avait contemplé un instant l’écriture penchée et élégante dont elle gardait un souvenir ébloui. Une foule d’images lui étaient revenue d’un coup : il était là, lui parlant de tant de choses qu’elle ne savait pas. Il était son gourou, son ami, son amant tout cela à la fois… De ses doigts tremblants elle avait ouvert l’enveloppe et déplié la feuille de papier. à ce moment-là quelque chose en était tombé qu’elle n’avait pas regardé tout de suite tant les mots qui dansaient devant ses yeux lui semblaient empreints de magie. Elle les avait caressés du bout des doigts, regrettant amèrement de ne pouvoir comprendre ce qu’ils disaient… Mais peu lui importait, il était bien en vie quelque part et avait pensé à elle… Ses yeux avaient quitté le papier pour se noyer dans l’océan, et l’océan avait glissé sur ses joues durant de longues minutes.
Enfin, elle avait pensé à regarder l’objet tombé sur sa jupe : l'étrange oiseau avait étonné Agnès qui n’avait jamais vu de hibou. Il avait de gros yeux ronds dorés, de petites plumes finement ciselées, constellées de petites pierres blanches qui brillaient de mille éclats et conférait au bijou une apparence rare et précieuse. Mais Agnès, qui s’était toujours débattue pour survivre, ne savait pas s’émouvoir du beau. Elle avait pu, l’espace d’un instant s’émerveiller d’une fleur, d’un coucher de soleil, à travers les yeux d’Ingemund. C’était tout.
L’esprit pragmatique d’Agnès avait donc aussitôt envisagé une visite au chinois de la ville ; ce dernier achetait et revendait tout et n’importe quoi, du roudoudou à la poupée vaudou, elleen tirerait de quoi agrémenter quelque peu leur misérable vie.
Toute émotion réprimée, Agnès avait alors retrouvé ses choux, sa décision était prise, elle brulerait la lettre.
* Récipient en fer-blanc - très souvent une boite de conserve vidée et nettoyée donc le couvercle replié faisait office d'anse.
J'ai enfin réalisé ma première image avec l'intelligence artificielle !
La main n'est pas telle que je la voulais, j'ai encore des progrès à faire...
Le texte est bien de moi seule :)
Merci de tout cœur d'avoir pris le temps de me lire,
Cette fois les mots qui doivent figurer dans le texte sont :
MARIVAUDAGE BIDOUILLAGE APANAGE MESSAGE
SAGE HERITAGE PERSONNAGE ADAGE
PAYSAGE AGE.
Voici mon texte qui fait 588 mots :
C’était un curieux personnage, grand et maigre, le cheveu long en filasse, la barbe sauvage. Au fil des ans sa peau avait pris la couleur de l’écorce de cannelle et contrastait étrangement avec ses yeux bleus comme un ciel d’été. Il avait fini par se fondre dans le paysage de cette ile où la population, multicolore, ne faisait jamais de différence… On racontait quand même que cet homme sans âge parlait aux oiseaux, aux arbres et aux étoiles , que c’était une sorte de sage…
Ingemund, c’était son prénom (ou son nom, on ne lui en connaissait pas d’autre et comme c’était difficile à prononcer, on l’appelait ‘’Imou’’) vivait chichement dans une cabane qu’il avait construite de bric et de broc à l’ombre des tamariniers séculaires. C’était un lieu charmant encombré de fleurs et de plantes de toutes sortes, de la fragile orchidée au flamboyant balisier en passant par la sauge et le thym. Un ruisseau courait non loin mêlant son chant à celui des oiseaux… Ce petit bout de forêt était devenu un merveilleux jardin grâce à Imou. Cette orgie de couleurs et de parfums apportait une note gaie dans ce petit monde un peu triste de dur labeur où l’on vivait souvent de bidouillages.
On le sait, la créativité est l’apanage des artistes mais à part cela, on ne savait pas grand-chose de celui qui chassait le tangue*, ramassait des zandettes* et cueillait des fruits pour se nourrir.
Si les hommes étaient un peu méfiants, les femmes quant à elles, craintives au départ mais tellement curieuses, avait fini par l’aborder, lui parler, créer des liens… Ainsi donc elles le visitaient régulièrement, le consultaient souvent, sollicitaient son avis sur beaucoup de choses… Cet homme, qui connaissait les plantes et leurs vertus, excellait dans l’art du marivaudage, les recevait comme des reines, leur offrant fruits et breuvages qu’elles consommaient avec gourmandise sans jamais se poser de questions. Lorsqu’elle rentraient chez elles le feu aux joues, toutes empreintes d’un nouvel élan, les maris loin de s’alarmer, se trouvaient au contraire fort reconnaissants et Ingemund se trouvait parfois gratifié d’une volaille ou d’un sac de riz dont la provenance restait inconnue…
Agnès, la ‘’vieille fille’’ n’était pas la plus aimée du village, elle était paresseuse et ''fourre nez'', un jour elle avait raconté à qui voulait l’entendre qu’Ingemund ‘’attendait un important héritage et que contrairement à l’adage, la fortune arrive aussi à ceux qui restent les bras croisés’’ ! Là-dessus ses visites au sage étaient devenues plus fréquentes et plus longues… Sans doute mangeait-elle aussi beaucoup de fruits car l’on n’avait pas manqué de voir son ventre s’arrondir et lorsqu’on la questionnait elle disait avoir des ballonnements.
Mais un doute naissait au village : le sage l’était-il vraiment ?
Un jour pourtant un message arriva pour monsieur Ingemund ‘’quelque chose’’ (que personne ne comprit). Le porteur avait une allure et une élégance qu’on avait jamais vu et l’on pensa tout de suite à l’héritage. Agnès alors pris le temps de parcourir le village et raconter à qui voulait l’entendre qu’elle allait être riche, mais elle prit trop de temps sans doute, alourdie par son aérophagie, car de retour à la cabane, le sage avait disparu.
L’enfant fut baptisé Imou, il grandit dans un magnifique jardin tropical, entouré et choyé par sa mère et les femmes du village et parfois une volaille ou un sac de riz, venus de Dieu sait où, agrémentait le quotidien. Imou parla tôt, charmant son entourage. On le savait, un jour un homme viendrait porteur d’un message…
*Le tangue est un petit mammifère qui ressemble à un hérisson. Beaucoup de créoles en sont friands tout comme des zandettes qui sont les larves d'insectes xylophages, les longicornes. Je n'en ai jamais mangé, par contre je mange volontiers une friture de guêpes
J'espère que vous aurez aimé mon petit texte. Vos messages sont toujours mon moteur !
Je vous embrasse et vous souhaite un joyeux 1er mai !